Édito

"L’édition du Nouveau Printemps X Centre Pompidou 2027 sera placée cette année sous l’empire des paysages, des récits qu’ils charrient, des histoires qu’ils racontent. Une édition attentive à leur vulnérabilité, à leur métamorphose, à leur effondrement ou leur disparition, aux passés dont ils portent les traces, à tout ce qui les habite ou les traverse. Ce que racontent les paysages, c’est le « chant des pistes » et les voix des témoins, ce sont aussi les liens puissants et intimes que les paysages entretiennent avec la mémoire, les rêves et le désir.

Pour imaginer cette édition, il fallait un paysage en soi, et ce sera l’île du Ramier. Une île donc, une île au milieu d’un fleuve, lui-même au milieu d’une ville. Une île tour à tour sauvage, mystérieuse, Utopia, île aux trésors, île aux oiseaux où croisent le gobe-mouche noir et le martin-pêcheur. Marquée par une longue histoire industrielle et sportive, par la Poudrière, l’usine hydroélectrique et la piscine Nakache, réensauvagée ou renaturée, l’île du Ramier, autrefois marge de la ville, ouvre désormais un immense espace de liberté au cœur de la grande métropole toulousaine. Elle est le lieu idéal pour accueillir Forum de la biodiversité, et une forme à investir collectivement pour se réinventer avec les artistes, les philosophes, les scientifiques, les scénographes, les cinéastes, les écrivaines et les poètes, les performeuses et arpenteurs de tous les horizons.

J’ai imaginé cette édition « comme un roman », le week-end d’ouverture dédié au Forum de la biodiversité et envisagé tel un prologue pour se questionner, défricher, et fêter notre venue sur l’île, puis les quatre semaines du festival tels quatre chapitres déployant l’aventure insulaire : arriver/cartographier, explorer/se documenter, rencontrer l’autre/se confronter, habiter.

Je suis très heureuse d’être cette année l’artiste associée de cette édition îlienne du Nouveau Printemps X Centre Pompidou, et que l’on invente ensemble cette édition de ponts et de passerelles, de traversées et de cartographie, d’imaginaire et de création, cette édition pour écouter et regarder ce que racontent les paysages. "

Maylis de Kerangal.

 

Crédit photo : Francesca Mantovani / Gallimard